La mante orchidée, ou Hymenopus coronatus, compte parmi les insectes les plus fascinants au monde. Originaire des forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, elle ne se contente pas de ressembler à une fleur pour se dissimuler ; elle pousse le mimétisme à un niveau tel qu’elle devient plus attrayante pour les pollinisateurs que les fleurs elles-mêmes. Pour l’éleveur, comprendre cette créature exige de maîtriser des paramètres biologiques précis.
Un mimétisme floral unique
Contrairement à la mante religieuse commune (Mantis religiosa) qui mise sur une coloration verte ou brune pour se fondre dans le feuillage, la mante orchidée imite les pétales des fleurs, notamment celles du genre Phalaenopsis. Ses pattes arrière larges et aplaties ressemblent à des lobes floraux, tandis que sa coloration varie du blanc pur au rose intense selon son stade de développement et son environnement.
Ce mimétisme agressif constitue une stratégie de chasse efficace. La mante orchidée réfléchit la lumière ultraviolette de la même manière que les fleurs, ce qui attire irrésistiblement les abeilles et les papillons. Plutôt que de traquer ses proies, elle attend immobile qu’un insecte vienne butiner ce qu’il croit être du nectar. Cette spécialisation impose des contraintes en captivité : le décor du vivarium doit être cohérent avec cette stratégie visuelle pour permettre l’observation de ce comportement.
L’évolution a instauré une croissance asymétrique entre les sexes, un phénomène qui dicte la dynamique de l’espèce. La femelle grandit pour atteindre une taille imposante, optimisant sa capacité à produire des œufs, tandis que le mâle reste minuscule et mature rapidement. Cette divergence est une adaptation stratégique : le mâle doit être agile pour voler de fleur en fleur à la recherche de partenaires, évitant ainsi de devenir une proie pour les oiseaux ou pour sa propre compagne. Cette différence de rythme biologique représente un défi pour l’éleveur souhaitant synchroniser les deux individus pour la reproduction.
Paramètres de maintenance : recréer la jungle tropicale
Élever une Hymenopus coronatus demande de la rigueur. C’est une espèce exigeante concernant l’équilibre entre chaleur et hygrométrie. Un environnement trop sec empêche les mues de se dérouler correctement, tandis qu’une atmosphère confinée et saturée d’eau favorise les infections fongiques.

Le vivarium et l’aménagement
Pour une femelle adulte, un vivarium de 20x20x30 cm est un minimum. La hauteur est cruciale car la mante a besoin d’espace pour se suspendre lors de ses mues. Le plafond doit être recouvert d’une moustiquaire en nylon, et non en métal, pour offrir une prise solide sans blesser les tarses. Le substrat, composé de terre de coco ou de tourbe, doit retenir l’humidité sans moisir.
Température et hygrométrie : le duo critique
La mante orchidée est un insecte thermophile. Elle a besoin d’une source de chaleur constante pour maintenir son métabolisme. Voici les valeurs de référence pour un élevage sain :
| Paramètre | Valeur idéale | Tolérance |
|---|---|---|
| Température diurne | 26°C à 28°C | 22°C à 30°C |
| Température nocturne | 20°C à 22°C | Ne jamais descendre sous 18°C |
| Hygrométrie | 70% à 80% | Brumisation quotidienne nécessaire |
L’utilisation d’un tapis chauffant placé sur une paroi latérale, et non sous le vivarium, permet de créer un gradient thermique. La brumisation doit être effectuée avec de l’eau déminéralisée ou de l’eau de pluie pour éviter les traces de calcaire sur les vitres et permettre à la mante de s’abreuver en léchant les gouttelettes.
Alimentation et cycle de vie
Le régime alimentaire de la mante orchidée se compose principalement d’insectes volants. Dans la nature, elle consomme peu de grillons ou de blattes rampantes. Privilégiez les drosophiles pour les jeunes stades (L1 à L3), puis passez aux mouches domestiques, aux mouches bleues et, occasionnellement, à de petits papillons.
Le dimorphisme sexuel
La différence de taille est marquée : la femelle atteint 6 à 7 cm, tandis que le mâle dépasse rarement 2,5 cm. On observe également une différence dans le nombre de segments abdominaux : 6 chez la femelle contre 8 chez le mâle. Pour les différencier précocement, recherchez une petite excroissance verte sur le dos des femelles à partir du stade L4, absente chez les mâles.
La gestion des mues
La mue est une étape délicate. Quelques jours avant, l’insecte cesse de s’alimenter et devient léthargique. Ne le dérangez pas et assurez-vous que l’hygrométrie est suffisante. Une chute pendant la mue provoque